Nouvelle sous-médiatisée : la raréfaction inquiétante des métaux

Bon, il ne s’agit pas exactement d’une «nouvelle» en tant que tel dans la mesure où l’article ainsi que la recherche sur lequel le blogueur du Monde Matthieu Auzanneau s’est basée pour écrire son billet datent de 2012. Cependant, considérant le fait que les médias (surtout nord-américains) parlent encore très peu de cette problématique dont les impacts sont potentiellement dévastateurs pour notre économie, je fais de cet article la première nouvelle sous-médiatisée de la semaine.

Pour résumer, le billet ci-bas expose sommairement un problème qui surgit devant notre société de consommation sans limite : la raréfaction des métaux. En effet, cuivre, uranium, l’or et les terres rares (sur lesquelles nos technologies reposent), entres autres, sont à la veille de devenir plus rares et donc plus difficiles et coûteux à exploiter. Un peu comme le pétrole, les quantités de différents minerais que nous sortons de terre sont condamnés à diminuer d’années en années, alors que les besoins eux explosent. Je n’ai pas besoin de vous exposer davantage le problème, j’imagine.

Voici une grande partie de l’article en question

Merci à la rédaction du magazine Science & Vie, qui propose ce mois-ci une enquête sur un sujet essentiel que je me désespérais de trouver le temps de traiter : le déclin des réserves mondiales de métaux (précieux ou pas).

Hé oui, le pétrole n’est pas la seule matière première que menace le prurit de la société de consommation.

Le cuivre, le zinc, l’or et l’uranium figurent parmi les principaux métaux dont les ressources mondiales semblent en voie d’épuisement.

Le problème est similaire à celui du pic pétrolier. Pire, les deux questions ont toutes les chances de finir par s’enchevêtrer en un cercle vicieux, vertigineux et inextricable.

Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, auteurs de l’ouvrage français de référence sur la question (Quel futur pour les métaux ?, EDP Sciences, 2010, 39 €), expliquent :

Au cours de l’histoire, l’Homme a eu tendance à d’abord exploiter les minerais les plus concentrés (on a vu que nos ancêtres ont commencé par exploiter les éléments natifs, c’est-à-dire concentrés à 100 %…) Avec moins de découvertes géologiques majeures, la tendance est donc à une baisse de la concentration moyenne des minerais.

A titre d’exemple, la concentration moyenne des minerais de cuivre exploités est ainsi passée de 1,8 % (55 tonnes de minerai pour un tonne de métal) dans les années 1930 à 0,8 % aujourd’hui (125 tonnes de minerai pour une tonne de métal). La concentration des mines d’or en Australie et en Afrique du Sud, deux des principaux pays producteurs, est passée de plus de 20 grammes par tonne de minerai à moins de 5 grammes en l’espace d’un siècle. (…)

Pour la grande majorité des éléments, les réserves se situent entre 30 et 60 ans. (…)

Les problèmes arrivent plus vite que le nombre théorique d’années de réserve, car toute ressource limitée passe par un pic de production : c’est le cas du pétrole. (…) L’or a déjà franchi son pic de production mondiale, mais cela est passé inaperçu du fait de son rôle très spécifique. (…)

Les investissement [en exploration minière] sont passés de 2 à 10 milliards de dollars entre 2002 et 2007 ! Cependant, ces efforts n’ont quasiment pas apporté de gisements nouveaux.

En quoi pic pétrolier et pics des métaux sont-ils liés ?

Tout simplement parce que pour creuser des mines, il faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Aujourd’hui, 8 à 10 % de l’énergie primaire est consacrée à extraire et raffiner les ressources métalliques, notamment pour l’acier et l’aluminium, indiquent Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon, tous deux anciens élèves de l’Ecole Centrale.

Vous avez déjà compris le léger soucis : puisque les minerais sont de moins en moins concentrés en métaux, il faudra de plus en plus d’énergie pour les extraire, or les extractions de la source principale d’énergie paraissent elles-mêmes au bord du déclin…

Bien sûr, contrairement au pétrole, les métaux peuvent être recyclés. Mais Bihouix et de Guillebon soulignent que les solutions sont souvent limitées, notamment, là encore, à cause de leur coût énergétique.

Les énergies renouvelables, en particulier l’éolien et le solaire, sont très dépendantes de métaux rares dont l’accès pourrait devenir de plus en plus incertain, a fortiori si ces formes d’énergie doivent être massivement développées. Exemple : le dysprosium et le néodyme, deux terres rares produites presque exclusivement par la Chine, laquelle a d’ores et déjà fait savoir que ses gisements actuels étaient en déclin. Une voiture hybride contient un kilogramme de néodyme, une éolienne presque une tonne ! Science & Vie cite une étude du MIT d’après laquelle il faudrait multiplier par 26 d’ici à 2035 les extractions de dysprosium (du grec dysprositos, qui signifie « difficile à obtenir ») pour faire face aux enjeux du changement climatique…

Pour le nucléaire, Science & Vie note qu’en 2035, les besoins en uranium devraient atteindre cent mille tonnes par an, « soit le double de ce que les mines d’uranium ont fourni en 2010 », sachant qu’ « aucune découverte récente significative n’a été réalisée en dehors de l’extension de gisements déjà connus », selon Marc Delpech, du Commissariat à l’énergie atomique.

Bihouix et de Guillebon, les auteurs de Quel futur pour les métaux, affirment :

« En faisant le pari du ‘tout technologique’ dans l’optimisation de notre consommation énergétique et la lutte contre le changement climatique, nous recourons de façon accrue aux matières premières rares que nous ne savons (saurons) pas recycler, et dont la déplétion pourrait elle-même devenir un enjeu énergétique. »

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