[Meilleur article de la semaine]: Sur la petite morale à cinq sous

Mon meilleur article de la semaine. Du pur David Desjardins : bien écrit, percutant sans être sensationnaliste.

Z’êtes presque mignons avec vos mines déconfites, vos petits airs scandalisés, le visage mimant la caricaturale baboune de l’émotion dépitée.

Vous voilà donc contrariés en même temps que tombés des nues : Georges St-Pierre n’est pas l’être pur à l’irréprochable jugement que vous escomptiez.

Non seulement le champion des arts martiaux mixtes est l’ami proche d’un caïd de la drogue auquel il rend régulièrement visite en prison, mais il s’est aussi fendu d’une missive d’appui à celui-ci, afin de l’épauler dans sa défense. Une lettre rendue publique, dans laquelle il explique au juge qu’on peut être à la tête d’un réseau qui a écoulé pour 1 milliard de dollars de dope tout en étant un gaillard fort sympathique, et un ami sincère.

Qu’importe si on vous explique que cette lettre ne risque pas de faire libérer Jimmy Cournoyer, qui a plaidé coupable afin d’éviter la prison à vie mais devra passer au moins 20 ans derrière les barreaux, vous êtes outrés. « GSP vient de perdre mon respect », écrivez-vous dans les réseaux sociaux. « J’en reviens pas… », renchérissez-vous.

C’était pas suffisant que GSP soit un héros sportif. Il faudrait en plus qu’il soit une sorte de paladin qui pète des gueules en sang tout en s’élevant au rang de parangon de la vertu.

Bon, c’est vrai, c’est un peu ce qu’on vous a vendu. Et dont vous n’avez apparemment jamais douté, refusant de voir que son histoire est bien trop rutilante et admirable pour ne pas avoir été méticuleusement façonnée par les faiseurs d’image de chez Sid Lee.

Pas qu’elle soit fausse. Seulement, elle n’est peut-être pas aussi lisse que le laisse entendre l’entreprise de mise en marché qui en fait un demi-dieu.

Vous n’êtes pas complètement naïfs. Mais juste assez. Vous savez bien que les requins du crime organisé nagent toujours trop librement dans la piscine du sport professionnel. Seulement, gavés du marketing qui a fait de GSP un seigneur du ring, vous vouliez croire qu’il évoluait à une autre profondeur que celle où marinent les rapaces.

Vous êtes déçus de votre idole ? Vous devriez plutôt l’être de vous-mêmes. De votre crédulité, qui serait divertissante si vous ne trempiez pas votre stupéfaction dans la confiture de la petite morale.

Comme cette femme qui signait une lettre aux journaux il y a quelques jours. Texte qui résume assez bien la réaction du public au scandale, et où l’auteure prend la peine d’indiquer qu’elle est mère de cinq enfants, que la drogue c’est mal, que St-Pierre n’avait pas « le droit moral » d’utiliser sa notoriété pour défendre un criminel.

Elle veut sans doute dire que St-Pierre avait l’obligation morale, en tant que vedette chérie du public — et surtout des jeunes ! —, de s’abstenir d’offrir un tel appui à son ami (le droit moral renvoie plutôt aux notions de droit d’auteur). Et je suppose qu’elle déplore que tous les jeunes qui admirent le pugiliste retiennent de cette histoire que la loyauté en amitié tient à un fil que la justice ne peut couper.

Mais sa morale à elle, si.

« Où étaient vos conseillers, votre garde rapprochée » au moment d’envoyer cette lettre à l’avocat de Cournoyer ? demande la même pauvre maman de cinq potentielles victimes de la drogue que vend l’ami de St-Pierre.

Eh bien justement, madame, pour une fois, ils n’y étaient pas, laissant voir un peu d’humanité derrière le personnage, comme lorsqu’il se présente après ses combats, le visage tuméfié, le corps rompu, impossible à maquiller.

Lundi, GSP s’est excusé. Mais c’était surtout pour vous avoir fait de la grosse pé-peine.

Il a bien dit que son ami devrait payer pour ses crimes. Mais aussi qu’il avait droit à la loyauté et à la rédemption. Ses excuses avaient pour but de dissiper le malaise chez ceux qui le vénèrent. Comme s’il avait avoué, en partie, que le produit qu’on leur a vendu n’est pas aussi beau que dans la pub. Que personne ne peut soutenir très longtemps les exigences du mythe qu’on a fabriqué pour le mettre en marché.

Mais dans ce monde où tout fout le camp, tout le temps, c’est le genre d’histoire à laquelle on a trop envie de croire pour voir qu’elle est cousue de fil blanc.

Et crac ! Un jour, les coutures se défont un peu. Et dès que ça se produit, vous voilà prêts à retourner la marchandise.

Comme vous, j’aime bien St-Pierre. J’aime le pugiliste, le sportif, le gentleman de l’octogone. Mais c’est pas une affaire de sport qui nous occupe ici. Ni une affaire de vertu. St-Pierre est un véritable héros sur le ring ; le reste est fabrication, mise en vente.

C’est pas une question morale. Adressez plutôt vos plaintes au service à la clientèle.

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