Sur le «Plateau-bashing»

Comme Mathieu Charlebois, je suis un peu tanné de lire que l’administration Ferrandez est perdue dans les nuages, qu’elle est dogmatique, qu’elle manque de réalisme.

C’est clair que cette administration n’est pas parfaite et qu’elle gagnerait à écouter un peu plus ses résidents et les commerçants de l’arrondissement. Par contre, ce qu’elle fait, que ça vous plaise ou non, c’est ce que font déjà plusieurs villes en grande croissance et c’est ce qui constitue le futur de nos environnements urbains. Et rien d’autre… pas de communisme, «d’éco-terrorisme» ou de dogmatisme. Allez vérifier par vous-mêmes.

L’article maintenant.

Sur Internet, j’ai la mauvaise habitude de lire les commentaires, autant sur les blogues que sur Facebook. Pourquoi ? Je l’ignore, mais je suis sûr qu’un psychanalyste aurait un plaisir fou à décortiquer cette tendance masochiste, pas trop loin de se donner volontairement des coups de pelle dans le front.

Je ne lis pas tout, évidemment. D’instinct, je sais que certains sujets vont générer des commentaires plus « intéressants » que d’autres. Ainsi, je ne manque jamais ceux d’un article sur la religion musulmane, un politicien corrompu, l’homosexualité, le féminisme ou… le Plateau Mont-Royal. (*)

Car, oui, quand vient le temps d’attirer le commentaire négatif du citoyen un peu jambon, ce coin de Montréal vaut facilement une femme en burqa dans une garderie. Il faut le faire.

Prenons l’installation de deux fontaines publiques utilisant les bornes-fontaines déjà existantes comme source d’eau, la semaine dernière.

N’importe où dans le monde, offrir de l’eau potable à ses citoyens, l’été, ça sonne comme une bonne idée. Mais comme la chose se passe sur le Plateau, la réaction a souvent ressemblé à : « J’aimerais trouver que c’est une idée géniale, mais comme ça vient du Plateau, je suis sûr que c’est la pire chose au monde. »

Prenons cette dame, heureuse de ne plus vivre dans cet enfer où les gens qui ont soif peuvent se désaltérer.

plateau-partie

Ou alors cet homme, qui semble oublier qu’on ne peut pas se garer devant une borne-fontaine.

plateau-stationnement

Ou celui-ci, qui voit poindre l’ombre de Mao et du Che par le trou du robinet.

plateau-communiste

Plusieurs internautes ont quant à eux affirmé qu’il était insensé d’investir de l’argent (un total de 5 000 dollars, incluant l’installation et l’entretien, pour deux appareils qui pourront être utilisés chaque appareil, qui pourra être utilisé plusieurs années de suite) dans ces fontaines alors que « nos infrastructures et nos routes tombent en ruines ! » [MAJ: Merci à André Lapointe d’avoir signalé ma méprise.]

Imaginez seulement le nombre de centimètres d’asphalte qui auraient pu être refaits avec 5 000 dollars. C’est certainement dans les deux chiffres…

À en croire une tranche de la population (une tranche de jambon, si vous voulez mon avis), si une administration municipale n’est pas en train de déneiger un nid-de-poule afin de le boucher, elle gaspille notre argent. Toute somme qui n’est pas mise dans un asphalte lisse et plate comme un épisode de Des chiffres et des lettres est une dépense inutile.

Pour ces gens, je recommande un endroit qui est toujours bien déneigé et où le bitume est impeccable : le stationnement du Carrefour Laval (ou celui du Ikéa de Montréal, tiens). Bonne chance pour y trouver une vie de quartier, par contre.

Mais d’où vient donc cette haine contre le Plateau, cette conviction qu’il ne s’y fait rien de bon, jamais ? Comment le Plateau est-il devenu le Nickelback des quartiers de Montréal pour certains ?

Bien sûr, il y a ces radios d’opinion qui ne ratent pas une occasion de rouler avec leur Hummer idéologique sur le Bixi des essais du château fort de Projet Montréal. Mais ça ne peut pas être seulement ça.

Récemment, le Plateau a installé son premier placottoir. Qu’est-ce qu’un placottoir ?

Concept inspiré de grandes villes comme San Francisco et Vancouver, les placottoirs, ou « parklets », sont en fait des aires de détente aux allures de terrasses sur rue, installées sur des espaces de stationnements devant un commerce. La différence ? Elles sont accessibles à tous, tant aux clients qu’aux passants, et le service et la vente de produits y sont interdits. (Le Devoir, 10 juillet)

Évidemment, Plateau oblige, beaucoup ont ridiculisé l’idée. Le nom de placottoir n’a probablement pas aidé non plus. C’est un peu comme appeler son enfant Marie-Pomme : tu cours après le trouble.

Pourtant, à Verdun, où j’habite, il y a un placottoir installé devant l’église de la station de métro du même nom. Qui plus est, il est situé juste à côté du piano public, autre idée typique de l’ère plateauzoïque.

Le placottoir, qu’on appelle ici « la terrasse avec des chaises en face de l’église », a été installé. Les Verdunois l’utilisent. Tout le monde est bien content. Fin de l’histoire. Personne n’en a parlé dans les médias, personne ne s’est plaint. Aucune publicité n’a été faite autour de son existence.

La solution est-elle là ? Le Plateau devrait-il simplement cesser de sortir des communiqués de presse pour annoncer ses nouvelles fontaines et autres initiatives ?

Dans un Québec qui se répète constamment qu’il n’a pas les moyens de faire autre chose que couper, qui peut au maximum essayer faire tenir ce qui est déjà là, dans un Québec tout en beige, peut-être que celui qui porte un peu de couleur est condamné à devenir une cible.

(*) Nouvel ajout à cette liste : les articles sur les poils de jambes de femmes. Il faut voir le mélange de stupeur, de dégoût et d’envie-de-vomir que ceux-ci engendrent chez les abonnés Facebook du Journal de Montréal. Ces femmes auraient pu se faire des manteaux en peaux d’orphelins qu’on les traiterait avec plus de respect.

 

 

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